3

Floyd tourna dans la rue des Peupliers. Il y avait des années qu’il n’avait pas mis les pieds dans le quartier, et il gardait le souvenir d’une rue étroite aux trottoirs crevassés, de boutiques désaffectées, condamnées par des planches, et de prêteurs sur gages minables. La chaussée asphaltée était impeccable, et les voitures garées le long des deux falaises d’immeubles étaient des bêtes puissantes, aux chromes étincelants, surbaissées comme des panthères ramassées sur elles-mêmes pour bondir. Les poteaux des lampadaires étaient repeints de frais. Les commerces installés au rez-de-chaussée étaient des boutiques raffinées : des horlogers, des joailliers, des librairies spécialisées dans les ouvrages rares, un magasin qui vendait des cartes et des globes, un autre spécialisé dans les stylos. C’était la fin de l’après-midi, et les vitrines projetaient des rectangles de lumière accueillante sur les trottoirs où les ombres s’allongeaient.

— Voilà le 23, dit Floyd en se garant. C’est là qu’elle a dû s’écraser, ajouta-t-il en indiquant un endroit du trottoir qui avait, selon toute apparence, été récemment briqué à mort. Elle a dû tomber d’un de ces balcons.

Custine leva les yeux par la vitre latérale.

— Aucun signe de rambarde endommagée, à aucun étage. Rien n’indique qu’ils en aient remplacé ou repeint une récemment.

Floyd tendit la main, et Custine lui passa son calepin et son chapeau mou.

— On va bien voir.

Au moment où ils descendaient de voiture, une petite fille en robe tachée et chaussures noires éculées sortit précipitamment de l’immeuble. Floyd était sur le point de l’appeler pour lui dire de retenir la porte, mais ses paroles lui restèrent dans la gorge lorsqu’il vit son visage : même dans la lumière déclinante, on ne pouvait faire autrement que d’avoir l’étrange impression qu’elle était défigurée. Il la regarda filer dans la rue et disparaître dans l’ombre entre les réverbères. Résigné, Floyd s’approcha de la porte vitrée par laquelle la fillette venait de sortir et constata qu’elle était verrouillée. À côté se trouvait un panneau d’interphone, avec les noms des occupants. Il appuya sur le bouton marqué Blanchard.

Une voix croassante se fit aussitôt entendre par la grille :

— Vous êtes en retard, monsieur Floyd.

— Est-ce que ça veut dire que le rendez-vous est annulé ?

En guise de réponse, il y eut un bourdonnement. Custine poussa la porte, qui s’entrebâilla.

— On va voir comment ça se passe, dit Floyd. La technique habituelle : c’est moi qui parle, et toi tu observes sans rien dire.

C’était généralement leur façon de procéder. Floyd s’était aperçu depuis longtemps que son français pas tout à fait irréprochable donnait aux gens une fausse impression de sécurité et les encourageait souvent à laisser échapper des informations qu’ils auraient pu, sans cela, conserver par-devers eux.

L’entrée donnait directement sur un escalier recouvert d’un tapis. Ils arrivèrent essoufflés sur le palier du deuxième étage. Trois des portes étaient fermées, mais la quatrième était légèrement entrebâillée, et un rai de lumière électrique barrait le tapis bien usé. Un œil les observait par la fente.

— Par ici, monsieur Floyd. Je vous en prie !

La porte s’ouvrit suffisamment pour laisser entrer les deux hommes dans un salon où les rideaux avaient déjà été tirés pour laisser au-dehors l’obscurité sinistre du soir.

— Mon associé, André Custine, dit Floyd. Comme il s’agit d’une affaire d’homicide, j’ai pensé que deux paires d’yeux et d’oreilles valaient peut-être mieux qu’une seule.

Blanchard les salua courtoisement d’un hochement de tête.

— Voulez-vous du thé ? La théière est encore chaude.

Custine s’apprêtait à répondre, mais Floyd, qui pensait déjà au peu de temps dont il disposait avant son rendez-vous avec Greta, le devança :

— Merci beaucoup, monsieur, mais je vous propose de passer directement à l’affaire qui nous amène. Par où voulez-vous commencer ?

Il enleva son chapeau mou et le posa sur une table de bridge.

— Je m’attendais plus ou moins à ce que vous meniez l’entretien, répondit Blanchard en refermant la porte derrière eux.

L’image mentale que Floyd s’était faite de l’homme qui les avait appelés se révélait assez proche de la réalité, ce qui était rassurant.

Blanchard était un vieux monsieur mince et sec, de soixante-dix ans à peu près, avec un nez busqué sur lequel étaient perchées des lunettes en demi-lune. Il portait une sorte de fez, ou de bonnet, qui défiait toute identification précise, un peignoir matelassé sur un pyjama à rayures, de grosses pantoufles.

— Si vous commenciez par le commencement ? suggéra Floyd. Parlez-moi de cette Américaine. Que savez-vous d’elle ?

— C’était une locataire, et elle payait son loyer en temps et en heure.

Blanchard farfouilla un moment avec un tisonnier dans les cendres de l’énorme cheminée Art déco. Sur le dessus, deux serre-livres en forme de chouette surveillaient les opérations de leurs yeux pareils à des joyaux. Floyd et Custine s’assirent côte à côte sur le canapé et se tortillèrent, mal à l’aise.

— C’est tout ? insista Floyd.

Blanchard se retourna devant la cheminée.

— Il y avait trois mois qu’elle était là quand elle est morte. Elle habitait au quatrième. Elle aurait préféré trouver quelque chose à un étage un peu moins élevé… comme je crois vous l’avoir dit, elle n’aimait pas les hauteurs, mais il n’y avait rien de libre.

— S’en était-elle plainte à vous ? demanda Floyd.

Son regard se promenait sur les murs, passant en revue une exposition de masques africains et de trophées de chasse qui n’auraient pas volé un coup de plumeau. À côté de la porte était accrochée une photo encadrée d’un jeune et beau couple devant la tour Eiffel. Leurs vêtements, leur attitude, un peu raide, suggéraient que la photo avait été prise au moins quinze ans plus tôt. Floyd étudia le visage du jeune homme et le compara à celui du vieux gentleman qui les recevait.

— En effet, répondit celui-ci en s’asseyant dans un fauteuil. Mais elle ne s’en était pas plainte au propriétaire de l’immeuble.

— Je pensais que vous étiez…, commença Floyd, surpris.

— J’étais bel et bien son propriétaire, en effet, mais elle ne le savait pas. Les occupants ignorent que je ne suis pas un simple locataire comme eux. Ils payent leur loyer à un intermédiaire.

— Curieux arrangement, observa Floyd.

— Mais très utile. J’entends leurs plaintes et leurs récriminations officielles et non officielles en bavardant, lorsque nous nous croisons dans l’escalier. La locataire en question n’avait jamais exprimé son mécontentement par écrit, mais elle ne manquait pas une occasion de se plaindre chaque fois que nous nous croisions.

Floyd jeta un coup d’œil à son équipier et ramena son regard sur Blanchard.

— Le nom de la jeune fille, monsieur ?

— Une jeune femme. Elle s’appelait Susan White.

— Mariée ?

— Elle ne portait pas d’alliance, et ne m’a jamais parlé d’un quelconque mari.

Floyd nota cette information.

— Elle vous a dit son âge ?

— Elle ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans. Peut-être même trente ans seulement. Ce n’était pas facile à dire. Elle était moins maquillée que les autres jeunes femmes de l’immeuble.

— Elle vous a dit ce qu’elle faisait avant de venir ici ? demanda Custine.

— Seulement qu’elle venait d’Amérique, et qu’elle était bonne dactylo. Il faut que je vous parle de la machine à écrire…

— D’où ça, en Amérique ? coupa Floyd, se rappelant que Blanchard n’en était pas certain lorsqu’ils s’étaient parlé au téléphone.

— Dans le Dakota. Je m’en souviens, maintenant. Elle avait l’accent de là-bas, disait-elle.

— Elle parlait anglais avec vous ? demanda Floyd.

— De temps en temps, à mon initiative. Sans cela, elle parlait un français comme le vôtre.

— Donc impeccable, fit Floyd avec un sourire. Enfin, pour un étranger.

— Et que faisait Mlle White à Paris ? demanda Custine.

— Elle ne me l’a jamais dit, et je ne le lui ai jamais demandé. Elle n’avait apparemment pas de problèmes financiers. Peut-être avait-elle un travail, mais dans ce cas elle avait des horaires très variables.

Floyd tourna une page de son calepin en séchant avec son pouce l’encre des notes qu’il venait de prendre.

— On dirait une touriste venue passer quelques mois à Paris avant de repartir. Je peux vous demander comment vous vous étiez rencontrés, et jusqu’où allait votre relation ?

— C’était une relation parfaitement anodine. Nous avions fait connaissance aux courses, à Longchamp… J’ai vu que vous regardiez la photo de ma défunte femme et moi-même.

Floyd hocha la tête, un peu honteux que son indiscrétion ait été repérée.

— Elle était très jolie.

— La photo ne lui rend pas justice. Elle s’appelait Claudette. Elle est morte en 54… il n’y a que cinq ans, mais j’ai l’impression d’avoir déjà vécu la moitié de ma vie sans elle.

— Je suis navré, dit Floyd.

— Claudette adorait les courses de chevaux.

Blanchard se releva, tisonna le feu, sans grand effet visible, et se rassit dans un craquement de jointures arthritiques.

— Après sa mort, pendant longtemps, je suis resté enfermé ici, sans mettre le nez dehors, alors, aller aux courses, vous pensez bien… Et puis, un jour, je me suis gendarmé pour y aller, ne serait-ce que pour mettre de l’argent sur un cheval en souvenir d’elle. Je m’étais dit que c’était ce qu’elle aurait voulu, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir un peu coupable d’être là, sans elle.

— Il n’y avait pourtant pas de quoi, fit Floyd.

Blanchard le regarda.

— Vous avez été marié, monsieur Floyd ? Ou vous est-il arrivé de perdre un être cher, à la suite d’une longue maladie ?

Floyd baissa les yeux, comme un élève puni.

— Non, monsieur.

— Eh bien, sauf votre respect, vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est. Ce sentiment de trahison… si absurde que ce soit. Et pourtant j’ai continué, économisant un peu d’argent chaque semaine, revenant parfois avec un petit gain. Et c’est là que j’ai rencontré Susan White.

— Elle jouait, elle aussi ?

— Pas sérieusement. Elle a reconnu en moi un de ses voisins et m’a demandé si je pouvais l’aider à parier une petite somme. Au début, aussi stupide que ça puisse paraître, je me suis senti gêné, comme si Claudette était là, et me regardait.

— Mais vous l’avez aidée.

— Je me suis dit que ça ne pouvait pas faire de mal de lui montrer comment étudier la cote des chevaux, et elle a placé un pari en suivant mes conseils. À sa grande surprise, le cheval a gagné. Par la suite, nous avons fait en sorte de nous retrouver aux courses une ou deux fois par semaine. Franchement, je pense que les chevaux la fascinaient plus que l’argent ; je la surprenais en train de les regarder au paddock, lorsque les jockeys les menaient par la bride. On aurait dit que c’était la première fois qu’elle voyait des chevaux.

— Peut-être qu’ils n’en ont pas, dans le Dakota, risqua Custine.

— Et ça n’est pas allé plus loin ? demanda Floyd. Vous vous voyiez aux courses, une ou deux fois par semaine ?

— Au début, oui, répondit Blanchard. Et ça aurait peut-être dû en rester là. Et puis j’ai commencé à apprécier sa compagnie. Je retrouvais en elle quelque chose de ma défunte épouse : le même amour de la vie, la même délectation enfantine pour les choses les plus simples. Ce qui était vraiment surprenant, c’était qu’elle semblait apprécier aussi ma compagnie.

— Alors vous vous êtes vus en dehors des courses ?

— Une ou deux fois par semaine, je l’invitais ici, et nous prenions un thé ou un café, avec peut-être une tranche de cake. Et nous parlions de tout ce qui nous passait par la tête. Ou plutôt, c’est moi qui parlais… la plupart du temps, en tout cas, elle se contentait de rester assise ici, à m’écouter.

Il eut un sourire, qui rida son vieux visage.

— Je lui disais : « Mais je monopolise la conversation ; parlez-moi un peu de vous », et elle répondait : « Non, non, j’aime vraiment vous écouter raconter vos histoires. » Et le plus drôle, c’est qu’elle avait l’air sincère. Nous parlions de tout, du passé, de cinéma, de théâtre…

— Et vous avez eu l’occasion de jeter un coup d’œil dans son appartement ?

— Évidemment. J’étais son propriétaire et j’avais un double de sa clé. J’attendais qu’elle soit sortie. Pas pour fouiner, ajouta-t-il, un peu sur la défensive, en se penchant en avant pour appuyer son propos. Je dois aux autres locataires de veiller à ce que les termes du contrat de location soient respectés.

— Bien sûr, accorda Floyd. Et quand vous étiez chez elle, pas pour fouiner, avez-vous remarqué quelque chose de particulier ?

— Seulement que l’endroit était parfaitement propre et net, et qu’elle amassait une quantité remarquable de livres, de disques, de magazines et de journaux.

— Un petit rat de bibliothèque bien ordonné, en d’autres termes. Enfin, ce n’est pas un crime.

— À moins qu’ils n’aient changé la loi…, répondit Blanchard, qui marqua une pause. Mais il y a un détail qui m’a paru plutôt inhabituel. Je ne sais pas s’il faut que je vous en parle…

— Ça ne peut pas faire de mal.

— Les livres n’arrêtaient pas de changer. Pas d’un jour sur l’autre, mais d’une semaine sur l’autre, à peu près. Et pareil pour les magazines et les journaux. C’était comme si elle les entassait et qu’elle les mettait ailleurs pour faire de la place aux nouveaux.

— C’était peut-être ça, répondit Floyd. Si c’était une riche touriste, elle pouvait envoyer des colis chez elle de façon régulière.

— J’ai envisagé cette possibilité, en effet.

— Et… ? demanda Floyd.

— Un jour, par hasard, je l’ai vue dans la rue, loin d’ici. C’était dans le cinquième. Elle descendait la rue Monge, vers la station de métro Cardinal-Lemoine. Elle portait une lourde valise, et l’idée m’a traversé l’esprit qu’elle avait peut-être fait ses paquets et qu’elle s’en allait.

— Sans payer son loyer ?

— Elle avait payé d’avance, jusqu’à la fin du mois. Me sentant coupable de mes soupçons, je me suis dit que j’allais la rattraper et l’aider à porter sa valise. Mais je suis un vieil homme, et je ne suis pas allé assez vite. J’ai dû me contenter de la regarder disparaître dans la station de métro…

Blanchard sélectionna une pipe sculptée dans un râtelier posé sur une petite table, au bout du canapé, et l’examina distraitement.

— Fin de l’épisode, me suis-je dit, mais elle est réapparue presque aussitôt. Il ne s’était pas écoulé plus d’une minute ou deux depuis qu’elle était descendue dans le métro, et elle avait encore la valise. Mais elle avait l’air beaucoup plus légère, à cet instant. Il y avait du vent, et la valise rebondissait sur sa hanche.

— Vous avez raconté tout ça à la police ? demanda Floyd.

— Oui, mais ils n’en ont pas tenu compte. Ils m’ont dit que j’avais rêvé tout l’incident, ou que j’avais imaginé que la valise était plus légère la deuxième fois.

Floyd nota soigneusement tout cela, certain – sans pouvoir dire pourquoi – que c’était une observation importante.

— Et c’est la « preuve » qu’on a attenté à son existence dont vous m’avez parlé au téléphone ?

— Non, répondit Blanchard. Ce n’est pas ça du tout. Deux ou trois semaines avant sa mort, l’attitude de Mlle White a complètement changé. Elle n’allait plus aux courses, elle ne descendait plus me voir et elle passait de plus en plus de temps dehors. Les rares occasions où nous nous croisions dans l’escalier, elle avait l’air ailleurs.

— Vous êtes allé voir chez elle ?

Blanchard hésita un instant avant d’acquiescer d’un hochement de tête.

— Elle avait cessé d’acheter des livres et des magazines. Il y en avait encore beaucoup chez elle, mais toujours les mêmes ; il n’y avait plus de nouveaux arrivages, et elle ne les emportait pas ailleurs non plus.

Floyd jeta un coup d’œil à Custine.

— D’accord. Elle devait avoir quelque chose en tête. J’ai une théorie. Vous voulez l’entendre ?

— Est-ce que je paye déjà pour ça ? Nous n’avons pas parlé des conditions.

— Nous y viendrons si nous décidons de faire affaire. Je pense que Mlle White avait un amant. Elle avait dû rencontrer quelqu’un au cours des trois semaines avant sa mort.

Floyd observa Blanchard en se demandant ce qu’il avait vraiment envie de savoir de tout ça.

— Elle passait du temps avec vous, en toute innocence, donc, et tout à coup son nouvel ami l’a voulue pour lui seul. Fini les balades, les courses et les conversations bien au chaud ici.

Blanchard sembla soupeser l’argument.

— Et les livres ?

— Ce n’est qu’une hypothèse mais peut-être qu’elle a eu plus passionnant à faire, subitement, que de dévaliser les librairies et les marchands de journaux. Le stockage de livres et de revues a perdu tout intérêt pour elle, et elle n’avait plus besoin d’envoyer des caisses dans le Dakota.

— Ça fait beaucoup de suppositions, répondit Blanchard. Basées sur une absence assez frappante d’éléments tangibles.

— J’ai dit que c’était une théorie, pas un dossier bien ficelé.

Floyd prit un cure-dents et commença à le mâchonner.

— Tout ce que je dis, c’est qu’il pourrait y avoir moins de choses dans tout cela que l’œil n’en contemple.

— Et la question de sa mort ?

— La chute pourrait encore être accidentelle.

— Je suis convaincu qu’on l’a poussée.

Blanchard tendit la main sous son fauteuil et prit une boîte à biscuits en métal écaillé, imprimée sur toute sa surface d’un motif écossais et, sur le couvercle, d’une photo de terrier écossais.

— Ceci vous convaincra peut-être.

Floyd prit la boîte.

— Il faut vraiment que je fasse attention à ma ligne…

— Ouvrez-la, s’il vous plaît.

Floyd souleva le couvercle avec ses ongles. La boîte contenait une liasse de papiers maintenus par un élastique.

— Vous pourriez nous en dire plus, concernant ces documents ? demanda Floyd, décontenancé.

— Moins d’une semaine avant sa mort, Mlle White a frappé à ma porte. Elle est morte le 20. Ça devait être vers le 15 ou le 16. Je l’ai fait entrer. Elle paraissait encore agitée, troublée, mais au moins elle était disposée à me parler. Elle a commencé par s’excuser pour son impolitesse des deux dernières semaines, puis elle m’a dit que les chevaux lui manquaient, et elle m’a donné cette boîte.

Floyd enleva l’élastique qui retenait la liasse de papiers et les étala sur ses genoux.

— Que vous a-t-elle dit d’autre ?

— Seulement qu’il se pourrait qu’elle soit obligée de quitter Paris rapidement, et que je devais garder sa boîte si elle ne revenait pas la chercher.

Floyd parcourut les papiers. Il y avait des documents de voyage, des reçus, des cartes, des coupures de journaux, et un dessin au crayon, soigneusement annoté, d’un objet circulaire qu’il ne reconnut pas. Et aussi une carte postale : une photo passée de Notre-Dame. Floyd la retourna et vit que la carte avait été rédigée, timbrée, mais pas envoyée. L’écriture était nette, féminine, avec des boucles et des fioritures exagérées. Elle était adressée à un certain M. Caliskan, domicilié à Tanglewood, dans le Dakota.

— Vous me permettez de la lire ?

— Je vous en prie, monsieur Floyd.

La femme commençait par raconter qu’elle prévoyait de passer l’après-midi à faire les magasins, à la recherche de bijoux en argent, mais qu’elle pourrait changer d’avis en cas de pluie. Les mots « argent » et « pluie » avaient été soigneusement soulignés. Ce que Floyd trouva d’abord bizarre, puis il repensa à une vieille tante qui avait l’habitude de souligner des mots clés dans ses lettres. La carte postale était signée ta Susan. Floyd se dit qu’elle devait être destinée à un oncle, ou à un grand-père, plutôt qu’à un amant ou un ami proche.

Il ouvrit l’une des cartes, l’étala. Il s’attendait à un plan touristique de Paris, ou au moins à une carte de France, mais c’était une carte à grande échelle de toute l’Europe de l’Ouest, de Kaliningrad au nord à Bucarest au sud, de Paris à l’ouest à Odessa à l’est. On avait dessiné un cercle à l’encre autour de Paris, un autre autour de Berlin, et les deux étaient reliés par une ligne tracée à la règle, avec la même encre. Un autre cercle entourant Milan était relié de la même façon à Paris. Le tout formait une sorte de L, avec Paris dans l’angle et Berlin au bout du côté le plus long. Deux nombres étaient inscrits bien nettement sur les lignes : 875 au-dessus de l’axe Paris-Berlin, et 625 le long de la ligne qui reliait Paris et Milan. Floyd se dit que ça devait être les distances en kilomètres qui séparaient les villes entre elles.

Il grattouilla l’encre du bout de l’ongle. C’était bien ce qu’il pensait : l’impression n’était pas d’origine. Il n’avait pas idée de ce que ça pouvait vouloir dire, sinon que Susan White devait prévoir l’étape suivante de son voyage, et mesurait les distances séparant Paris et les deux autres villes avant de décider pour laquelle opter. Mais quel genre de touriste aurait besoin de connaître aussi précisément de telles distances ? Les trains et même les aéroplanes ne suivaient pas des trajectoires rectilignes, compte tenu de la géographie réelle et politique de l’Europe. Enfin, peut-être que ce détail avait échappé à la jeune femme.

Floyd replia la carte, puis entreprit de parcourir les autres papiers. Il y avait un courrier, en allemand, d’un certain Altfeld, dactylographié sur un papier à lettres épais à l’en-tête d’une firme qui fabriquait du matériel lourd et appelée Kaspar Metals, avec une adresse à Berlin, et la lettre semblait répondre à une demande précédente de Susan White. En dehors de ça, Floyd parlait trop mal l’allemand pour tenter de la traduire.

— Ça ne ressemble pas vraiment à une lettre d’amour, nota-t-il.

— Elle m’a donné une autre instruction, poursuivit Blanchard. Au cas où elle ne reviendrait pas. Elle m’a dit qu’il se pourrait que sa sœur vienne chercher la boîte, et que je devrais la lui remettre.

— Elle était manifestement inquiète, commenta Floyd. Au moins, on peut s’accorder là-dessus.

— Vous n’êtes pas encore convaincu qu’on aurait pu la tuer ? J’aurais cru que vous vous empresseriez d’accepter une affaire de meurtre. Je vous paierai le temps que vous y consacrerez. Si vous ne trouvez aucun indice prouvant qu’elle a été assassinée, alors je m’en remettrai à votre jugement.

— Je ne voudrais pas vous faire jeter votre argent par les fenêtres. Ni perdre mon temps, répondit Floyd.

Custine lui jeta un coup d’œil appuyé, comme s’il s’interrogeait sur sa santé mentale.

— Je vous autorise à me faire gaspiller mon argent.

Floyd remit les documents dans la boîte.

— Et pourquoi ne gardez-vous pas tout ça en attendant de voir si la sœur se montre ?

— Parce que chaque jour qui passe est un jour de plus depuis qu’elle est morte.

— Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, ce n’est pas à vous de vous préoccuper de ce problème.

— Je pense que ça me regarde tout à fait.

— Et qu’est-ce que la police a fait avec la boîte ? demanda Custine.

— Je la leur ai montrée, évidemment, mais ça ne les a pas intéressés. Comme je vous l’ai dit, ils manquent totalement d’imagination.

— Vous pensez qu’elle aurait pu être une espionne, supputa Floyd.

— Cette pensée m’a effleuré l’esprit. Ne me dites pas que vous l’excluez.

— Je ne sais pas quoi penser de tout ça, répondit Floyd. Ce que je sais, c’est que ça ne peut pas faire de mal de rester ouvert à toute éventualité…

— Eh bien, ne fermez pas votre esprit à la possibilité qu’elle ait été assassinée. Je dois à la mémoire de cette belle jeune femme de ne pas laisser sa mort impunie. Je sais dans mon cœur que quelqu’un l’a provoquée, monsieur Floyd. Je sais aussi que Claudette m’observe, en ce moment même, et que je la décevrais beaucoup si je ne faisais pas mon devoir envers Mlle White.

— C’est très louable de votre part…, commença Floyd.

— Ne vous méprenez pas, coupa sèchement Blanchard. Il y a aussi une composante égoïste. Tant qu’on n’aura pas retrouvé son meurtrier, le doute planera toujours dans l’esprit de mes autres locataires sur l’éventualité qu’elle ait pu faire une chute accidentelle.

— La police ne s’est pas prononcée en ce sens.

— Ils n’avaient pas besoin d’exprimer cette opinion à voix haute, fit Blanchard. Je vous en prie, prenez la boîte, et voyez ce que vous pourrez en tirer. Interrogez les autres occupants de l’immeuble… discrètement, bien sûr. Il se peut qu’elle leur ait parlé aussi. Maintenant, pourriez-vous m’indiquer le montant de vos émoluments ?

Floyd fouilla dans la poche de son veston et y prit une carte de visite écornée.

— Ce sont les conditions habituelles. Comme c’est une enquête pour homicide, M. Custine m’assistera aussi. Ce qui veut dire que les tarifs sont doublés.

— Je pensais que vous vouliez m’éviter des dépenses.

— C’est vous qui avez fait appel à nous. Mais si nous devons enquêter sur la mort de Mlle White, il n’y a pas de raison de faire les choses à moitié. Nous serons deux fois plus efficaces, mon associé et moi, en deux fois moins de temps que si j’étais tout seul.

Blanchard prit la carte et l’empocha sans un regard.

— J’accepte vos conditions. Mais en échange de mon argent je m’attends à un résultat rapide.

— Vous l’aurez, dans un sens ou dans l’autre.

— Eh bien, c’est entendu.

— J’ai besoin de savoir ce qu’elle vous a dit à propos de sa sœur.

— C’est ça qui est drôle. Jusqu’à cette dernière conversation, celle où elle m’a donné la boîte, elle n’avait jamais fait allusion à sa famille.

— Vous a-t-elle décrit sa sœur ?

— Oui. Elle s’appelle Verity. Elle est blonde, pas rousse, Mlle White me l’a bien spécifié, mais en dehors de ça elle était à peu près de la même taille et de la même constitution qu’elle. Sur ce point, vous avez de la chance. J’ai pris une photo d’elle à Longchamp.

Blanchard se leva et prit deux photos sous l’une des chouettes qui ornaient le dessus de la cheminée.

— Vous pouvez les garder toutes les deux.

— Ce sont les seuls tirages ?

— Non. J’en ai fait faire plusieurs au moment où j’espérais que la police s’intéresserait à l’affaire. Je pensais qu’ils les voudraient pour enquêter.

Floyd examina l’un des clichés. C’était une photo en pied d’une jeune femme devant une barrière, la tache floue, étirée, d’un cheval passant derrière elle. Elle maintenait son chapeau en forme de tambourin comme si elle craignait que le vent ne l’emporte. Elle souriait, surprise et heureuse. Elle n’avait pas l’air de quelqu’un qui devait trouver la mort quelques semaines plus tard.

— C’était une jeune femme séduisante, reprit Blanchard en se rasseyant. Mais je n’ai pas besoin de vous le dire. Elle avait des cheveux roux somptueux. Dommage que vous ne puissiez les voir, parce qu’ils sont remontés sous ce chapeau. Elle portait souvent du vert. J’ai toujours pensé que le vert était le fard des rousses, pas vous ?

— J’avoue que je ne saurais dire, répondit Floyd.

Custine examinait son exemplaire de la photo.

— Une belle fille. Elles sont toutes comme ça, en Amérique ?

— Pas à Galveston, répondit Floyd.

 

Le logement qui avait été celui de l’Américaine pendant les trois derniers mois de sa vie se trouvait deux étages au-dessus. Il était resté inoccupé depuis sa chute.

— On y a à peine touché, ajouta Blanchard. L’appartement a été aéré, mais en dehors de ça tout est resté comme quand elle est partie. Même le lit était fait. C’était une jeune femme très soigneuse, contrairement à certains de mes locataires.

— Je vois ce que vous voulez dire, pour les livres…

Floyd s’avança sur le parquet grinçant pour examiner la collection que Susan White avait accumulée. Des livres, des magazines et des journaux occupaient tous les plans horizontaux, et même une surface significative du plancher. Mais ils étaient soigneusement triés et empilés, ce qui indiquait un processus méthodique, strict, d’achat et d’entreposage avant expédition. Il se rappela que Blanchard l’avait vue aller vers le métro avec une valise pleine, et devina qu’elle avait dû faire des dizaines de voyages de cette espèce toutes les semaines, si la collection avait évolué à la fréquence mentionnée par Blanchard.

— Vous verrez peut-être là-dedans un sens ou une explication qui m’échappe, dit Blanchard en hésitant sur le pas de la porte.

Floyd se pencha pour regarder une pile de disques neufs.

— Est-ce que ça faisait partie des objets qu’elle amassait et expédiait aussi ?

— Oui. Examinez-les tant que vous voudrez.

Floyd jeta un coup d’œil aux pochettes, espérant se faire une idée du processus de pensée de la jeune femme, mais les disques étaient aussi divers que les livres et les revues. Il y avait du jazz, dont certains enregistrements que Floyd possédait lui-même, et une poignée de classiques, mais le reste semblait avoir été acheté au hasard, sans considération de genre ou de qualité intrinsèque.

— Alors comme ça elle aimait la musique, dit-il.

— Sauf qu’elle ne passait jamais aucun de ces disques, dit Blanchard.

Floyd regarda plus attentivement l’un des disques, examinant la pochette puis la galette proprement dite, et plus particulièrement les sillons. Depuis quelque temps de grandes quantités de disques pirates, de médiocre qualité, avaient commencé à inonder le marché. Ils pouvaient paraître acceptables à une oreille non exercée, mais pour les vrais mélomanes c’était une insulte. D’après les rumeurs, les pirates pressaient leurs disques de pacotille dans un atelier clandestin de la région parisienne. S’étant lui-même fait refiler une de ces médiocres copies, Floyd avait appris à les repérer de loin. Il paraissait probable qu’une proportion non négligeable des disques de la morte soient de cette sorte, mais si elle ne les écoutait pas, elle n’avait qu’à s’en prendre à elle-même.

Floyd remit le disque dans sa pochette et, en se relevant, remarqua un vieux gramophone à manivelle dans un coin de la pièce, à côté d’un appareil de TSF plus moderne.

— C’était à elle ? demanda-t-il.

— Non. Il était dans l’appartement. Il doit bien y avoir trente ans qu’il est là.

— Et elle ne mettait jamais de disque dessus ?

— Elle n’écoutait jamais de musique. Lors des rares occasions où il m’est arrivé de passer devant cet appartement, ou d’entrer dans celui du dessous, je n’ai entendu que la radio.

— Vous savez ce qu’elle écoutait ?

— Impossible à dire. Le son était toujours très faible.

Floyd passa ses doigts dans la poussière sur le dessus du meuble radio.

— Vous avez utilisé cet appareil depuis sa mort ?

— Comme je vous l’ai dit, la pièce a été aérée, mais c’est tout.

— Vous me permettez d’essayer de savoir ce qu’elle écoutait ?

— Vous êtes à mon service, maintenant, monsieur Floyd. Je vous autorise à faire tout ce que vous jugerez utile.

— Je vais regarder sur le balcon, dit Custine. Voir si elle aurait pu facilement en tomber.

Floyd déplia le tapis, qui était chiffonné, et s’agenouilla dessus, face au meuble TSF. C’était un appareil Philips datant d’une vingtaine d’années, encastré dans un meuble en noyer. Floyd en avait eu un à peu près du même genre pendant cinq ans, après son arrivée à Paris. Il alluma le poste, entendit le bourdonnement des lampes qui chauffaient et le crépitement du haut-parleur. Il marchait encore.

Il sentit un souffle d’air sur sa nuque lorsque Custine ouvrit la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon. La rumeur de la ville entra dans la pièce, troublant le silence comme un invité irrespectueux. Floyd tendit instinctivement la main vers le bouton de réglage pour faire glisser la petite flèche le long de la bande lumineuse sur laquelle étaient indiquées les longueurs d’ondes et les stations émettrices. Il connaissait toutes les stations qui passaient encore le genre de musique qu’ils aimaient, Custine et lui. Il y en avait de moins en moins chaque année. On aurait même pu dire chaque mois, à ce qu’il semblait, ces temps derniers.

Il se contenta de monter le son, conservant le réglage effectué par Susan White. Ils n’entendirent que des parasites.

— Il est entre deux stations, commenta Floyd. Soit ça, soit le poste qui émettait sur cette longueur d’onde n’émet plus.

Il prit son calepin, l’ouvrit à la première page vierge et prit note de la position du réglage, puis il tourna le bouton, faisant passer la flèche d’un bout de la bande de fréquences à l’autre. La radio crépita, siffla, mais à aucun moment Floyd ne capta un signal reconnaissable.

— Alors ? demanda Blanchard.

— La TSF doit avoir un problème technique. J’aurais dû capter un poste, depuis le temps.

— L’appareil marchait parfaitement quand Mlle White a loué l’appartement.

— Et peut-être qu’il marchait aussi quand elle était là. Mais il est mort, maintenant, à moins que toutes les stations de France n’aient cessé d’émettre.

Floyd remit le bouton de réglage approximativement à la position où il se trouvait quand il avait allumé le poste, puis il l’éteignit.

— Enfin, tant pis. Je pensais que le fait de savoir ce qu’elle écoutait aurait pu nous livrer un indice sur elle et sur sa personnalité.

Custine revint dans la pièce et referma la porte-fenêtre derrière lui.

— Le balcon paraît parfaitement sûr. La rambarde arrive jusqu’ici, dit-il en mettant la main au niveau de son estomac. Quelle taille faisait-elle, monsieur ?

— À peu près la vôtre.

— On ne peut donc pas exclure qu’elle ait fait un faux pas et qu’elle soit passée par-dessus, observa Custine. Mais il aurait vraiment fallu qu’elle y aille fort. En tout cas, il est impensable qu’elle soit tombée en s’appuyant contre la rambarde.

— C’est donc une hypothèse à éliminer, dit le propriétaire. Il paraît plus probable qu’elle a été poussée.

— Ou qu’elle a sauté, intervint Floyd.

Il referma son calepin avec un claquement.

— Bon, je pense que nous en avons suffisamment vu ici pour le moment. Vous allez garder cette pièce telle quelle pendant quelque temps ?

— Jusqu’à ce que l’affaire soit résolue, lui assura Blanchard.

Floyd tapota Custine dans le dos.

— Allez, on va discuter avec les autres locataires. On verra bien ce qu’ils ont à dire.

Custine récupéra la boîte à biscuits en fer que Floyd avait posée à côté du meuble TSF.

— La porte de l’appartement, dit-il en se tournant vers Blanchard. Elle était fermée à clé quand ils l’ont retrouvée ?

— Non. Elle était ouverte.

— Elle aurait donc pu être assassinée, constata Custine.

— À moins qu’elle n’ait laissé la porte ouverte parce qu’elle avait d’autres préoccupations, dit Floyd. Ça ne prouve rien. Et la porte de devant, elle était ouverte aussi ?

— Non, répondit Blanchard. Elle était fermée. Mais elle se bloque automatiquement. Quand le meurtrier est parti, il n’a eu qu’à la tirer derrière lui.

— Et vous n’avez pas remarqué s’il manquait quelque chose dans l’appartement ?

— Si j’avais vu quoi que ce soit, je vous l’aurais dit.

Custine tapota la boîte en métal.

— C’est peut-être ça qu’ils cherchaient, mais ils ne l’ont pas trouvée parce qu’elle était déjà chez M. Blanchard.

— Tu as vu quelque chose dans cette boîte qui t’a paru justifier qu’on tue quelqu’un pour le récupérer ?

— Non, répondit Custine. Mais quand j’étais à la PJ, j’ai vu des gens tuer pour une miche de pain.

— Monsieur Blanchard, reprit Floyd, je vous appelle demain si j’ai du nouveau. Sans cela, je poursuis mes investigations jusqu’à ce que j’aie des informations qui méritent que je vous en parle.

— J’aimerais que vous m’appeliez tous les jours, que vous ayez du neuf ou non.

— Si vous voulez, fit Floyd avec un haussement d’épaules.

— Vous pouvez me joindre facilement le soir. À la fin de chaque semaine, je voudrais recevoir un rapport d’enquête dactylographié, ainsi qu’un mémoire des frais engagés.

— Vous prenez ça très à cœur, n’est-ce pas ?

— Un drame s’est produit dans cette pièce, répondit le vieil homme. Je ne sais pas si vous le sentez, mais moi si. Mlle White a eu peur, et elle était loin de chez elle. Quelqu’un est venu la tuer, et il ne faut pas que les choses en restent là.

— Je comprends, répondit Floyd.

Ils étaient presque revenus à la porte quand Blanchard s’arrêta et mit la main sur un coffret en bois posé sur une petite table aux pattes incurvées.

— Encore un détail… C’est peut-être sans importance, mais Mlle White avait une machine à écrire électrique chez elle. Une machine allemande, de marque Heimsoth et Reinke, il me semble. Très lourde. C’est la boîte dans laquelle elle se trouvait.

— Drôle de bagage pour une touriste, commenta Floyd.

— Je lui en ai parlé, et elle m’a répondu qu’elle s’exerçait à la frappe pour ne pas perdre la main, en prévision du jour où elle rentrerait chez elle.

— Vous avez bien fait de nous le dire, acquiesça Floyd. Ça n’a peut-être pas de rapport, mais tout détail peut se révéler utile.

— Nous devrions peut-être y jeter un coup d’œil, suggéra Custine.

— Justement, répondit Blanchard. Il n’y a plus de machine à écrire. On l’a retrouvée en mille morceaux, sur le trottoir, à côté de Mlle White.

La pluie du siècle
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